31/08/2008

L’univers du cosplay #1

-  GamonGirls  : Bonjour, tout d’abord, pourriez-vous vous présenter et nous expliquer ce qui vous a amené à cette passion ?

-  Gilliane  : Bonjour. Je m’appelle Gilliane DELHAYE, 23 ans, 4 ans de cosplay derrière moi. Je travaille au siège d’une banque, dans la vie active depuis plus de 2 ans. Je vis dans un studio avec mon concubin et nos deux chats.

Comme la plupart des 20 / 35 ans, j’ai grandi avec le Club Dorothée entre autres et toutes ces émissions jeunesse qui à l’époque diffusaient un grand nombre d’animés japonais. Par contre, pendant un certain nombre d’années je ne me suis plus intéressée à ce phénomène.

Je suis revenue aux mangas grâce à un ami (pion dans mon lycée), et à mon petit ami de l’époque qui en lisait quelques uns, à l’âge de 17 ans. Rapidement, j’ai eu envie de me rendre à une convention, et je suis allée à la plus proche de chez moi, qui était Japan Expo. J’ai donc découvert les cosplays avec une certaine curiosité mêlée d’admiration.

Quelques conventions plus tard, avec ma sœur, en 2003, nous avons fait notre premier cosplay. J’ai toujours aimé me déguiser et créer des vêtements, que ce soit pour moi ou mes poupées, et faire ce type de reproduction représentait pour moi un véritable défi et un loisir créatif intéressant.

- Comment conciliez-vous le cosplay, votre vie de couple et votre vie professionnelle ?

- Le cosplay est une activité qui prend énormément de temps. Je me cantonne donc à réaliser trois à quatre costumes par an uniquement. En effet ma vie est assez remplie et chargée. J’ai bien entendu des amis dans le cosplay, mais aussi à l’extérieur. Je dois donc leur consacrer du temps. Idem pour ma famille, qui est en province et éparpillée dans toute la France. Pour finir, ma vie de couple est primordiale, je dois passer du temps avec mon conjoint pour maintenir la flamme. Pour finir, quand on a des animaux, c’est pour s’en occuper, donc là encore, je dois être là pour mes deux petits fauves.

Je ne dirai pas que je jongle avec mon emploi du temps, car je restreints mes créations et mes activités, mais parfois ça n’empêche pas les coups de bec en couple. Mon conjoint a été organisateur de convention, il connaît donc bien le milieu, mais ne comprend pas très bien ma passion et trouve que le cosplay français est d’un niveau médiocre. Ceci dit, il m’aide tout de même à la confection de mes costumes et me donne de nombreux conseils.

Ma vie professionnelle occupe pas mal de mes journées aussi, c’est vrai, mais me laisse du temps libre pour pratiquer mon passe-temps favori. Mes collègues font preuve d’une grande ouverture d’esprit et je n’hésite pas à leur montrer mes tenues ainsi que de leur parler de mon activité.

- Vous faites du cosplay avec votre sœur, mais comment le reste de votre famille le vit ? Comment a-t-elle réagit à vos débuts ?

J’ai commencé le cosplay avec ma sœur en 2003, nous faisons partie de même groupe et cela nous permet d’avoir une passion commune à partager. Au début, j’avais 19 ans, ma sœur 21, et nous vivions encore chez notre mère. Cette dernière ne portait pas dans son cœur cet engouement pour les mangas ou la japanimation. En même temps, elle n’avait pas tort, mon premier découvert bancaire est dû à des achats effrénés de mangas et de DVD. Le cosplay se pratiquait donc quasi en secret, mais ma famille voyait cette activité d’un air moqueur uniquement. Jamais on nous a empêché de faire un costume.

Les choses ont changé en 2006 avec notre mère et nos grands parents, quand nous avons réalisé nos premières armures et remporté le premier prix à un concours. Ils voulaient voir des photos, nous ont félicité, et depuis ce temps là, de ce côté-là de la famille nous sommes encouragées. Ma mère va même peut être venir me voir défiler en novembre. Je compte bien lui demander une machine à coudre pour mon anniversaire et mon Noël (je fais tout à la main), nous avons même commencé à regarder des modèles ensemble. Du côté de mon père c’est toujours aussi mitigé, il trouve cette activité ridicule et je pense que ça ne changera jamais. Ce qui compte c’est qu’il respecte mon activité et qu’il ne critique pas mes choix. Mais le chemin a été long et j’encourage tous les jeunes cosplayers qui ne sont pas soutenus par leur famille pour le moment.

- Qu’est-ce qui vous a poussé à faire des concours ?

- Mon premier cosplay a été réalisé en libre, je me suis donc contentée de me promener ainsi en convention. Le deuxième a été présenté sur scène en hors concours. Le troisième était en libre aussi.

L’année suivante, avec mon groupe (car rapidement on rencontre des gens et on finit inexorablement à monter des projets ensemble), nous avons fait notre premier concours.

Je ne fais pas des concours pour les prix, d’ailleurs quand notre groupe remporte une victoire, étant donné que nous sommes nombreux, je ne prends quasiment aucun lot. Les concours permettent de faire une prestation scénique, en hors concours on passe en dernier, et le temps d’un bref passage sur scène.

De plus il faut avouer qu’il est valorisant d’arriver dans les premières places du classement. Cela galvanise, pousse à se dépasser pour le prochain challenge.

- Y a-t-il une différence entre le cosplay de groupe et seul ?

- La grande différence est le nombre (non, je déconne). Je pratique le cosplay en groupe car le cosplay demeure pour moi une activité conviviale et chaleureuse pratiquée entre amis. Je suis depuis le début avec les mêmes, et nous avons fusionné il y a deux ans avec un autre groupe tout à fait sympathique. Il m’arrive de faire des cosplay solo, si un projet me tient à cœur et que le groupe ne suit pas ou n’est pas disponible.

Lors d’un cosplay seul, le passage sur scène est un peu plus compliqué. En effet affronter la scène seule et trouver une chorégraphie intéressante relève vraiment du challenge.

La chorégraphie est très importante dans le cosplay groupe : il faut lui trouver une dynamique qui permette à chacun d’avoir un temps de parole et d’action physique tout en gardant l’esprit du groupe que l’on souhaite incarner.

- Qu’est-ce que le cosplay vous apporte ?

- Le cosplay permet de développer plusieurs compétences qui d’une manière générale, sont toutes liées à la créativité. En effet, avec cette activité, on pratique tour à tour la couture, le bricolage, le découpage, le collage, la décoration, mais aussi la danse, le théâtre, le mannequinat. On va travailler avec du tissu, des tapis de sol, de l’aluminium, du bois, de la pâte à modeler auto durcissante, du fimo, de la patarev, du carton plume, du latex, des thermocollants… Et ensuite, créer un support audio ou vidéo, une chorégraphie, un texte, l’enregistrer, passer sur scène, poser sur les photos… En définitive, cette activité est très complète.

De plus, il est très plaisant de faire ses propres créations, tout du moins c’est mon cas. Reproduire un personnage que l’on souhaite faire, le voir prendre forme, et finalement pouvoir le porter le temps d’une journée, est vraiment excitant. J’ai aussi pris beaucoup de plaisir à créer ma propre robe médiévale, je ne me cantonne pas uniquement au cosplay.
J’aime créer, j’aime passer sur scène, donc le cosplay me convient. Et le faire en groupe, entre amis, c’est encore mieux.

Car le cosplay c’est une façon aussi de ne pas être anonyme dans la foule d’une convention, de ne pas être le quidam lambda. Cela permet aussi de faire beaucoup de rencontres. Le monde du cosplay est un cercle assez fermé, tout le monde s’y connaît plus ou moins. C’est donc avec un grand plaisir qu’à chaque fois j’y revois des cosplayers que j’apprécie. L’ambiance est souvent très agréable, très décontractée et bonne-enfant.

- Les costumes demandent-ils beaucoup d’investissement (financier comme moral) ?

- L’investissement financier varie beaucoup selon le cosplayer et le costume porté. Pour ma part mes costumes peuvent aller de 50 € à 100 €, et ce n’est pas les plus beaux qui sont les plus chers. Les armures reviennent en général moins cher que du tissu. En effet une armure, c’est : du tapis de sol, de la colle neoprène, de la colle à bois et un coup de bombe. Le tissu revient en général plus cher si l’on souhaite qu’il soit de qualité. De plus les petits accessoires en relief sont faits en pâte à modeler auto durcissante qui doivent ensuite être peinte à l’acrylique. Dans mon cas il s’agit de fabriquer intégralement le costume, mais il y a pas mal de gens qui se prétendent cosplayeurs et qui enfilent juste des habits ressemblants, ce qui ne revient pas cher. A contrario, certains cosplayers font des costumes magnifiques et titanesques qui demandent des moyens très importants.

L’investissement moral reste ce qu’il y a de plus lourd. La fabrication d’un costume demande beaucoup de temps et de patience (surtout de la patience). C’est parfois stressant, désespérant et fortement énervant. En effet, on rate, il faut recommencer, la deadline approche et on commence à paniquer. Pour la fabrication d’un costume il y a plusieurs étapes, cela ne vient pas tout seul. On commence par la conceptualisation, avec des dessins, des croquis, on étudie quelles matières on va utiliser, quelles méthodes mettre en œuvre. Ensuite seulement on achète le matériel et on fait le patron. On teste le patron sur du tissu pas cher (type doublure) et on fait les ajustements. On utilise enfin le patron final sur le bon tissu (ou bon tapis de sol pour armure) et enfin on entame le gros du travail. La finalisation est ce qui me plait le moins. C’est du perfectionnisme et assez long à faire, sans grand plaisir. La fabrication d’un costume, c’est donc très long, en tout cas pour ma part, car certains arrivent à faire des choses magnifiques en trois semaines alors que pour moi il me faut 2 mois de travail en moyenne.

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